Portrait de producteur : Rusé comme un Canard

Publié le 08/04/2021
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Crédits photo : Daphné Caron
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Une série de portraits présentée par l’Union des Producteurs agricoles [UPA] et CARIBOU

Découvrez les producteurs et productrices de l’année 2021. Les Lauriers s’entretiennent avec les cinq finalistes inspirants dans la catégorie Producteur de l’année 2021 des Lauriers de la gastronomie québécoise.

Une série de portraits présentée par l’Union des Producteurs agricoles [UPA] et CARIBOU.

Cette semaine, c’est au tour de Rusé comme un Canard de se prêter à notre questionnaire. Fernande Ouellet est propriétaire avec son conjoint d’une ferme d’élevage de canards et d’oies mais aussi une militante hors pair pour le projet du Petit Abattoir. Nous lui avons posé quelques questions.

Pour les gens qui ne te connaissent pas, dis-nous qui est Rusé comme un Canard?

Mon conjoint Francis Laroche et moi avons une ferme d’élevage de canards et d’oies, installée à Granby, et nous entamons notre dixième saison. Nos oiseaux sont élevés au pâturage, en petits lots, et notre production est saisonnière. Nous collaborons avec des artisans pour créer et transformer plusieurs de nos produits que nous vendons ensuite au marché, et dans quelques boucheries et fromageries. Nos volailles et leurs foies gras sont aussi disponibles dans certains restaurants.

Quelle était l’inspiration initiale derrière ce projet?

D’abord, de revitaliser une petite une ferme que le hasard nous avait permis d’acquérir, alors que nous vivions à Montréal. Ce changement de région imprévu signifiait aussi pour nous d’être responsables de cette parcelle et de ces bâtiments. Ayant eu des oies lorsque j’étais enfant, je voulais qu’elles soient de retour dans ma vie. Quant à lui, Francis voulait y joindre des canards. Puis nous voulions élever nos volailles comme cela se faisait il y a longtemps, en plein air, sur des parcours herbeux, et en pâturage rotatif. Finalement, nous voulions contrôler notre produit du début jusqu’à la fin, et partager le résultat en contact direct avec nos clients.

Comment vois-tu la relance de l’industrie de la restauration au Québec?

Sans être encore un mouvement de fond, on a vu au cours des derniers mois des gens issus du monde de la gastronomie quitter les grands centres, parfois par choix mais pas toujours, et s’installer en région. Ces gens aiment encore leur métier, ont encore des idées, de la passion et de la compétence. Bref, le talent existe encore, il s’est un peu réparti autrement sur le territoire. Je crois que de nouveaux projets de grande qualité vont prochainement émerger dans les communautés, joindre les forces existantes et créer du lien. Avec une plus grande diversité, les possibilités de collaborations pour les agriculteurs ne dépendront plus autant de leur proximité avec les grands centres, mais plutôt d’une proximité relationnelle, d’une parenté d’esprit et de sensibilité avec les chefs et artisans qui se trouveront dans leur région. Il pourrait alors s’agir d’une période des plus fécondes pour l’expression de notre territoire à travers la culture culinaire et agricole. Avec ce que ça représente pour l’agrotourisme et le tourisme de gastronomie. Je nourris beaucoup d’espoir face à ce début de remaniement, c’est une opportunité extraordinaire.

Quelle personne (ou initiative) t’a inspirée pendant cette dernière année?

Fisun Ercan est selon moi l’illustration parfaite de cette mouvance, où on s’intègre à son nouvel environnement avec cohérence, rigueur, et en visant l’excellence, sans dénaturer ce dont on a choisi de prendre soin. Je la regarde évoluer, de loin, avec beaucoup d’admiration. Puis de plus près, je suis aussi admirative du travail des gens derrière le Marché Public de Granby qui ont joué leur rôle de façon extraordinairement efficace dès le début du grand bouleversement de mars l’an dernier. Par leur dynamisme et leurs solutions, ils ont rapidement sécurisé les revenus de nombreux agriculteurs de la région, dans une période d’incertitude très inquiétante. Et ils ont démontré le rôle social d’un marché public, en effectuant des livraisons pour les personnes âgées pour qui les mesures sanitaires étaient plus sévères à ce moment-là.

En 2021, de quoi la production alimentaire québécoise a-t-elle le plus besoin?

Il y a un besoin urgent d’infrastructures de transformation et d’entreposage, ainsi que de petits abattoirs, partout sur le territoire. La demande pour les produits est là, la volonté de produire est là, mais entre les deux il manque cruellement d’infrastructures pour y arriver. Il faut aussi faciliter l’entrée dans le métier par plus d’ouverture des programmes et des décideurs envers les modèles émergents de production et d’établissement, par la reconnaissance de l’agriculture urbaine et de l’agriculture à temps partiel. Faciliter aussi la sortie du métier par la création d’une caisse de retraite pour les agriculteurs, ce qui leur permettrait de laisser entrer des jeunes en leur vendant leur terre à sa valeur agronomique et non à sa valeur foncière qui elle est fixée par le jeu de l’offre et de la demande. La définanciarisation des terres agricoles est un enjeu majeur auquel il est impératif de s’attaquer, et le contexte n’a jamais été plus propice à le faire.

Quels sont tes futurs projets?

Démarrer les opérations du Petit Abattoir, un projet coopératif d’abattoir modulaire à petite échelle. Ça va se concrétiser d’ici les prochains mois. On pourra ensuite commencer à accompagner les communautés qui désireraient reproduire le modèle sur leur territoire.

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